Les marches au Sanctuaire ( depuis 2018)

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J’ai grandi en marchant dans les montagnes sur la frontière entre la France et l’Italie.
Lorsque je suis arrivée à Montreal, en 1995, le Mont Royal s'est naturellement imposé comme mon repère géographique à partir duquel je pouvais trouver ma position dans cette ville inconnue ; il me permettait de mieux la naviguer. Rapidement, je suis partie arpenter cet épicentre de ma nouvelle vie. Je le marchais et je le remarchais, comme s’il détenait les clefs magiques de ce nouveau « chez moi », de ce nouveau «  moi ».

Mes montagnes d’enfances avaient justement un caractère magique fort et singulier; comme la Voie Sacrée, ou la Vallée des Merveilles dans le parc National du Mercantour. Des roches gravées par les populations locales il y a cinq mille ans. Des centaines de gravures sous le ciel, à 2500 mètres d’altitude, des signes de communication avec d’autres dimensions, avec le Divin.
En marchant le Mont Royal, j’ai vite capté ces mêmes ondes. J’ai pressentis la fonction sacrée de cette montagne pour les habitants des lieux d’un siècle l’autre. J’ai noté les traces des rituels et des célébrations toujours présents; Les cercles de feu, les offrandes…des appels à la transcendance et à la communication avec d’autres mondes.

Lors des premières années, je me suis concentrée sur les sentiers forestiers de la montagne, toujours curieuses d’y découvrir des nouveaux passages. Et puis un jour, j’ai débouché sur le cimetière Mont Royal. C’était le printemps, tout était en fleur. Puissantes forces de vie et de mort, parfaitement unies. Cette beauté alchimique m’a bouleversée en aller simple. À partir de là, c'est surtout dans ce sanctuaire que je suis partie marcher. Chaque semaine, chaque saison, le jour et même la nuit! J’ai même emménagé face à la montagne, au pied du cimetière Mont-Royal pour m’y ouvrir un accès immédiat et quotidien. 

Au fil du temps, j’y ai évidemment emmené mes amis, puis les amis de mes amis, les adultes, les enfants, les familles…et ces marches collectives sont nées. Je les ai officiellement commencé en mai 2018 . Depuis je partage et je continue à découvrir ce Sanctuaire si peu connu des montréalais. La poésie de certaines tombes, la majesté des arbres multi-centenaires, la diversité de la faune, de la flore…pour ne citer que ce qui est visible. Car on y vit aussi une étonnante qualité de silence, d’écoute profonde, de recueillement, de ressourcement… et cela en plein coeur de la ville.

J’ai bien sur hésité avant d’ouvrir ce lieu à plus de gens. J’avais l’envie de garder ce sanctuaire secret, de le protéger de plus de passages qui pourrait l’abimer. Mais à chaque fois que je l’ouvrais aux justes marcheurs, je sentais sa force s’amplifier. Et nos forces s’amplifier, en écho.

Il y a des lieux faits pour qu’on viennent y déposer le bruit de nos vies, pour ralentir, se reconnecter à la nature, à notre territoire, à notre communauté, et surtout à nous même, à notre nature sacrée. Ces lieux, par leur force d’absorption tranquille, nous permettent, un moment, sans y penser, de réunir naturellement en nous ce que nous voyons comme des paradoxes ; la nature et la ville. La vie et la mort. La solitude et le collectif…Le cimetière du Mont Royal m’apparait de ceux là. Et comme tout les lieux sacrés, il ne s’ouvre vraiment qu’à ceux qui le respecte et le remercie. Alors le cercle d’échange se révèle à la lumière. Ce sanctuaire nous protège parce que nous le protégeons en retour.

Je vous invite à le (re)découvrir.
Je vous invite à vous y découvrir.

D’ici là, quelques images de ce sanctuaire et de nos marches silencieuses, joueuses.
Ainsi qu’un généreux témoignage offert par l’une des marcheuses , Eve Marie Langevin:
https://evemarieblog.wordpress.com/2019/06/29/marche-au-cimetiere-mont-royal-ou-les-cycles-en-mouvement/